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L’abstention, phénomène majoritaire

L’abstention est désormais massive et touche toutes les classes de la population. Près de 26 % des électeurs se sont abstenus de voter à l’élection présidentielle de 2017 et 51,9 % se sont abstenus aux législatives.

L’électeur moderne est intermittent : il adapte sa participation selon le scrutin, les enjeux et l’offre politique. Six jeunes sur dix (18-29 ans) se retrouvent dans ce vote intermittent. Ces constats sont développés dans une étude de Millénaire 3 qui nous éclaire sur la non-participation électorale.

Pour Céline Bacconnier, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, il ne faut pas y voir une rupture totale avec la vie citoyenne car seuls 10 à 12 % des citoyens ne participent à aucun scrutin mais de moins en moins de gens participent à tous les scrutins. La lisibilité des enjeux est essentielle à la mobilisation. Une minorité d’abstentionniste, diplômés et politisés, prône l’abstention mais elle possède d’autres répertoires d’actions pour exprimer ses opinions. Les plus démunis, éloignés de la politique, sont eux totalement inaudibles lorsqu’ils ne votent pas.

« Le vote est davantage considéré comme un droit que comme un devoir : il faut que les enjeux soient perçus comme majeurs pour que les électeurs se mobilisent », Anne Muxel, Cevipof.

L’abstention est fortement corrélée à la situation sociale : les plus précaires s’abstiennent trois fois plus que les plus aisés

L’abstention des classes populaires a pour effet de prolonger dans le champ politique leur état de domination économique alors que la politique est le moyen de réguler les différents entre groupes sociaux. Le désintérêt pour la politique des personnes en difficulté sociale s’explique notamment par leur isolement : elles ne bénéficient pas de l’effet de groupe, qui joue par exemple à l’occasion les discussions avec les collègues.

Chez les jeunes, c’est le rapport à la politique qui change de nature. Si les plus âgés votent par devoir comme ils vont à la messe, les nouvelles générations veulent être parties prenantes de la construction de l’offre politique. Plus diplômés que leurs aînés, les jeunes d’aujourd’hui sont plus capables de déconstruire les discours politiques.

Ce qui est unanimement partagé entre les générations, c’est l’incompréhension envers le système institutionnel français. La répartition des compétences est illisible et les discours des candidats aux élections qui mettent en avant des thèmes peu en rapport avec le mandat auquel ils postulent ne favorisent pas l’appropriation des enjeux réels des scrutins. Les civic tech et la démocratie participative sont encore loin de toucher largement toutes les catégories de population et de fournir toutes les garanties de transparence : elles ne peuvent se substituer à la démocratie représentative.

« Le discours politique militant en faveur de l’abstention disqualifie par avance la lutte contre l’abstention : c’est un discours élitiste qui s’accommode parfaitement du silence des jeunes et des milieux populaires », Céline Braconnier, directrice de Sces PO Saint-Germain-en Laye

Quels sont les facteurs qui permettent de donner le goût de la participation politique ? Pour Céline Braconnier, la démocratie participative, ne favorise pas l’élargissement de la participation car elle privilégie la prise de parole en public sur des enjeux complexes. Les participants sont donc logiquement ceux qui sont déjà investis dans la vie politique et culturelle. Les mouvements comme Nuit Debout ou les dispositifs de participation numérique (Civic tech) ne touchent qu’une petite minorité de citoyens : pas les jeunes de Vaux-en-Velin où l’abstention atteint 75 % aux dernières élections régionales.

Le rapport à l’école, aux services publics, à l’État, aux institutions du quotidien fonde le lien politique. Les abstentionnistes des milieux défavorisés et les jeunes sans diplôme ne demandent pas l’horizontalité, la participation aux décisions mais avant tout le respect et que leurs préoccupations soient prises en compte. Aussi, multiplier les consultations ne rapprochera pas les Français de leurs élus. Ce qui peut les rapprocher, selon la politiste, c’est la présence de ces élus sur le terrain plutôt que dans les permanences : le lien politique en continu,même et surtout en dehors des périodes électorales.

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