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Bitnation, faire confiance à la blockchain plutôt qu’aux états ?

La blockchain est un nouvel outil technologique qui participe à la transformation numérique de plusieurs secteurs économiques, en particulier les métiers de la finance et du droit. Il y a même une application, Bitnation, qui entend supplanter les services juridiques offerts par les états à leurs ressortissants.

La promesse de Bitnation : Des « nations » virtuelles en compétition pour attirer les citoyens en leur offrant la meilleure combinaison de services juridiques possibles.

Bitnation est une application smartphone donnant accès à un système de gouvernance décentralisé opéré par la blockchain, une technologie qui permet de stocker et transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle. Bitnation veut créer un marché libre des services de gouvernance, c’est-à-dire tous les services juridiques assurés par les états (mariage, état civil, notariat, etc.). Le pari est de rendre l’ensemble de ces services moins coûteux, plus performants et plus sécurisés que ceux de l’administration étatique. Il s’agit  d’un changement majeur de paradigme dans la gestion des données publiques jusque-là stockées par des opérateurs publics étroitement surveillés. Avec l’application Bitnation, chacun peut choisir son régime juridique pour effectuer ses transactions, résoudre des conflits, accéder à des services sur un marché mondial et décentralisé. Les utilisateurs sont ainsi libres de choisir les lois qu’ils préfèrent adopter.

Est-ce que la blockchain est vraiment l’avenir de la gouvernance ?

Bitnation, c’est la menace de « disruption » de l’Etat mise à exécution. Elle remet en cause les institutions (Etat, constitutions, codes de lois) bâties au fil des siècles. Si nous transférons les prérogatives des autorités à ces systèmes non hiérarchiques et décentralisés, ce sont tous les mécanismes sensés garantir la confiance entre les hommes qui sont remis en cause.  Des millions d’emplois sont en jeu, davantage encore que ceux menacés à terme par l’intelligence artificielle. Pour certains, la gouvernance par la blockchain signifie aussi la mort du politique au profit des algorithmes et de l’avènement d’une « transdémocratie » sans frontières.

Susanne Tarkowski Tempelhof, fondatrice de Bitnation, revendique pour sa part un projet politique limpide. Elle conteste la légitimité de la souveraineté de l’Etat-nation sur un territoire donné et souhaite remplacer cette organisation par des nations virtuelles, sans frontières auxquelles chacun adhère de manière volontaire… Le projet Bit-nation entend ainsi en finir avec l’attitude hostile des Etats vis-à-vis de tous ceux qui sont considérés comme étrangers à la communauté nationale : les minorités, les voyageurs, les migrants…

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’absence de régulation des « smarts contrats ».  Cela ne saurait tarder. Comme Catherine Barreau,professeur à la Faculté de droit et de science politique de l’Université de Rennes 1 « toute innovation technologique est un jour saisie par le droit ». C’est d’ailleurs souhaitable pour le développement de la blockchain elle-même. Celui-ci reste conditionné par la confiance que lui accordent les acteurs. Cette confiance implique de répondre à un système de normes reconnu par l’ensemble de la société. L’un des enjeux majeurs consiste à relier ces « smarts contrats » conclus dans la blockchain au corpus juridique traditionnel.

Bitnation compte plus de 15 000 utilisateurs

L'application a enregistré plus de 5000 contrats notariés

Le marché mondial des services légaux est estimé à 600 milliards de dollars

Sébastien Bayette

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