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La ville sans voiture, un projet partagé ?

Crédit photo : Cristiano Medeiros Dalbem (CC BY 2.0)

13 villes dans le monde imaginent interdire l’accès aux automobiles pour laisser plus de place aux piétons et diminuer les émissions de carbone. Réduire la place de la voiture est une tendance de fond pour adapter les villes au changement climatique. Cette évolution ne sera toutefois pas linéaire et nécessite une approche partagée de ce que doit être la ville durable.

Stuttgart, la ville de Porsche et Mercedes, a annoncé qu’elle interdira dès cette année l’accès en ville à certains véhicules diesel lors des pics de pollution. A Oslo, le centre-ville sera interdit aux voitures dès 2019. En compensation, la ville investit dans les transports en commun. Des mesures visant à restreindre l’usage de l’automobile sont étudiées ou déjà annoncées à Madrid, Hambourg, Chengdu, Copenhague, Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, Mexico, Bogota ou San Francisco. Partout, le “tout voiture” a vécu. Les responsables politiques et urbanistes veulent plus de place pour la marche à pieds, le vélo, les transports publics. Les quartiers piétons et pistes cyclables reconquièrent l’espace public.

Pourtant,  satisfaire tout le monde ne va pas de soi, alors que l’acceptation sociale des politiques de déplacements conditionne leur efficacité et leur pérennité. En milieu urbain comme en milieu rural, ces nouvelles luttes participent à réorganiser les jeux de pouvoirs locaux.

« Les politiques de déplacements urbains ont bien du mal à proposer des solutions cohérentes, en cherchant à satisfaire tout le monde. » 

Frédéric Héran, Maître de conférence en économie à Lille I, estime que “sommées de réduire le trafic automobile, les politiques de déplacements urbains ont bien du mal à proposer des solutions cohérentes, en cherchant à satisfaire tout le monde. “ Or, l’ensemble des modes de déplacements forme un système dans lequel ils se concurrencent et génèrent des externalités négatives. Réduire la place de l’un c’est donc décourager l’autre.

Fréderic Héran estime que passer du “tout voiture au tout transports publics” n’est pas réaliste. Il prône une approche globale de la ville durable qui ne se contente pas des approches sectorielles. L’évolution des modes de transports dépend aussi de domaines à forte inertie : le bâti, les infrastructures et … les comportements.

Dans la revue Projets, Bertrand Chassaigne va dans le même sens : la ville sans voiture n’est pas celle qui prend des mesures symboliques de restriction de son usage, mais celle qui permet à ses habitants de limiter leur dépendance à l’automobile en répartissant davantage ses équipements municipaux, enceintes sportives, commerces. L’adaptation des villes aux changements climatiques est bien une réalité incontournable qui interroge les politiques publiques et les modes de vies… Elle n’est toutefois pas qu’une affaire de normes mais un projet social. C’est pourquoi, pour être habitable, la ville durable doit être concertée.

 

  • Héran Frédéric, « Vers des politiques de déplacements urbains plus cohérentes », Norois, 2017/4 (n° 245), p. 89-100.
  • Cassaigne, Bertrand. « La ville durable », Revue Projet, vol. 313, no. 6

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