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Intégration des étrangers : être à la hauteur

Le premier ministre Edouard Philippe a présenté aujourd’hui à Matignon les mesures du Gouvernement pour l’intégration à l’occasion du comité interministériel dédié à cette question.

Quatre priorités sont définies : la maîtrise de la langue, la participation à la vie sociale, l’accès à l’emploi et l’accompagnement social et administratif.

Plan d’action : les mesures à retenir

 

1. Maîtrise du Français

La part d’immigrés arrivant en France sans aucun contact préalable avec le Français est en augmentation : 40 % des nouveaux arrivants n’atteignent pas le niveau cible aujourd’hui.

Augmentation du nombre d’heures de cours

Dès 2019, les étrangers pourront bénéficier de 400 heures de cours de langues, contre 200 heures aujourd’hui. Cela pourra atteindre 600 heures pour les publics qui ne savent ni lire ni écrire en langue française. Les cours eux mêmes vont être revus tant du point de vue de la pédagogie que de leur organisation matérielle.

2. Participation à la vie sociale

La participation à la vie sociale implique, selon le Gouvernement, de connaître et partager les principes et valeurs de la République.

Renforcement de la formation civique

Elle passe de 12 à 24 heures, sera plus concrète en abordant des thèmes pratiques comme la parentalité et des visites d’institutions républicaines.

Ouverture de l’école aux parents

Le dispositif « Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants », co-porté par le ministère de l’intérieur et le ministère de l’éducation nationale, sera doublé pour toucher plus de 10 000 parents dès 2019.

Un meilleur accès à la culture, aux sports, à l’enseignement supérieur

Le Pass culture de 500 euros sera accessible aux étrangers de moins de 18 ans. Cela s’accompagnera d’actions de médiation des acteurs culturels pour favoriser l’appropriation des œuvres et d’un accompagnement renforcé dans les bibliothèques. L’intégration par le sport pourra être favorisée en favorisant notamment les passerelles entre les écoles et les clubs sportifs. Pour l’accès à l’enseignement supérieur, les bourses sur critères sociaux seront accessibles aux bénéficiaires de la protection subsidiaire (demandeurs d’asile qui se sont vus refuser le droit d’asile et le statut de réfugiés par l’OFPRA).

3. Emploi

L’insertion professionnelle devient une priorité de la politique d’intégration. Un entretien spécifique avec Pôle emploi, l’APEC est inclus au Contrat d’intégration afin de construire un parcours adapté à la personne.

Accès plus rapide à l’emploi pour les demandeurs d’asile

Les demandeurs d’asile en attente de réponse de l’OFPRA pourront accéder au marché du travail dans un délai de six mois.

Accélérer l’accès aux droits

Les réfugiés bénéficieront d’un accès rapide aux droits (travail, droits sociaux, logement) dès l’obtention de leur statut. L’ensemble des étrangers détenteurs de titres de séjours valables bénéficieront d’un dispositif censé éviter les ruptures de parcours en garantissant l’accès aux droits attachés à leur situation.

D’autres mesures permettront de lever les freins à l’emploi avec le concours des réseaux d’entreprises et des missions locales.

4. La prise en compte des situations spécifiques

Avant, l’obtention du statut de réfugié marquait la fin de l’accompagnement. Le Gouvernement a conscience de la nécessité de le prolonger en tenant compte des traumatismes vécus dans leur pays.

Un parcours d’intégration sur mesure

Personnalisé à compter du 1er janvier prochain, le parcours d’intégration couvrira les aspects essentiels de la vie quotidienne (santé, ouverture des droits sociaux, apprentissage du français, formation professionnelle).

En matière de logement,  la circulaire du 12 décembre 2017  prévoit la mobilisation de 20 000 logements, sous l’impulsion des préfets et avec le concours des collectivités locales, des acteurs privés et des bailleurs sociaux.

Les réactions dans la presse et les réseaux sociaux

L’Express retient que “Le gouvernement propose 400 heures de cours de français pour les étrangers“ et relève que le total pourra passer à 600 heures pour ceux qui ne savent pas lire ni écrire. C’est également la principale information retenue par LCI et BMF.

« l’intégration est toujours repoussée aux calendes grecques »

Aurélien Taché, Le Monde du 05 juin 2018

 

Pour le Monde, ce plan est moins ambitieux que certains ne l’espéraient après la remise du rapport du Député Aurélien Taché (LREM)72 propositions pour une politique ambitieuse d’intégration des étrangers arrivant en France”. L’article pointe que les propositions du rapport pour l’accès au logement n’ont pas été reprises (primes de 1000 euros aux communes qui proposent un logement, crédit d’impôt solidarité pour les particuliers hébergeant un migrant). Reste le droit commun et l’application de la circulaire de décembre 2017 visant la mobilisation de 20 000 logements. Le Monde relève également que la création d’un établissement public spécifique a été recalée. Or, selon Aurélien Taché interrogé par le journal, le ministère de l’intérieur qui traite ces questions  « est souvent contraint par les politiques d’urgence comme la gestion des flux migratoires, l’hébergement ou la sécurité. Si bien que la question de l’intégration est toujours repoussée aux calendes grecques, juge le député. Jusqu’ici, on a pris le sujet à l’envers. »

Esther Benbassa, Sénatrice EELV de Paris doute des intentions du Gouvernement. Elle pointe les expulsions de mineurs et les mesures administratives de rétention.

 

Médiapart soulève le problème de l’application de la loi et du respect des droits des migrants sur le terrain. Fabrice Arfi et Mathilde Mathieu relèvent dans un rapport officiel qu’à “A Menton, «l’objectif de réacheminement des #migrants par la police s’apparente à une obligation de résultat: garantir l’étanchéité de la frontière dans le déni des règles de droit».

 

Le Huffington Post rappelle les propos du Premier ministre tenus en février selon lequel la « France n’a pas toujours été à la hauteur de sa tradition d’accueil ». Cet article, le plus partagé sur facebook (183) et twitter (59), rappelle les difficultés réelles de la France en matière d’intégration : selon l’OCDE, seulement 35 % des immigrés arrivés depuis moins de 5 ans ont un emploi. Pourtant, « Il faut regarder les choses à long terme, en se posant plutôt la question du coût de la non-intervention, en termes de perte économique, ou de cohésion sociale » explique Jean-Christophe Dumont de l’OCDE.

Par Sébastien Bayette

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